Le maïs nourrit sa femme pour peu que…

Présent dans les habitudes alimentaires des Burkinabè, le maïs fait partir des céréales les plus cultivés dans le pays des hommes intègres. Cependant, à l’instar des autres cultures il est soumis aux caprices des aléas climatiques, si bien que d’une saison à une autre, la qualité mais aussi la quantité produite varie. Des aléas climatiques qui contraignent les agriculteurs Burkinabè à développer des stratégies et des méthodes culturales adéquates afin de minimiser au mieux les risques de faible rendement. Pouvant prendre plusieurs formes, ces stratégies font très peu appel aux résultats de la recherche qui, proposent pourtant, une palette de solution, parmi lesquelles, les variétés de maïs à hauts rendements. Cette dernières qui est une trouvaille du Dr Sanou Jacob et son équipe, favorise un meilleur rendement de la production du maïs tenant compte de la pluviométrie et selon que l’on les cultives pour des besoins alimentaires humaines agroindustriel ou d’alimentation animale. Ainsi pour un meilleur rendement, les populations gagneraient en partie à utiliser les semences de ces différentes variétés que sont : « Bondofa, Komsaya, SR21, Espoir, Wari et Barka ». Une utilisation qui n’est pas toujours évidente sans un accompagnement. C’est dans cette optique que le projet « valorisation de variétés de maïs à haut rendement dans l’espace UEMOA » a été initié. Financé par la Commission de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) à hauteur de un milliard cent quinze million (1.115 000 000) de francs CFA et l’État Burkinabé à hauteur de cent quatre-vingt millions (180 000 000) de francs CFA, il a pour objectif de promouvoir la filière maïs dans les États membres de l’Union en favorisant l’adoption et l’utilisation de variétés à haut rendement notamment « Bondofa, Komsaya, SR21, Espoir, Wari et Barka » en vue d’une production à grande échelle de cette céréale. La phase pilote, lancée le 30 janvier 2015, a concerné cinq (05) régions du Burkina Faso à savoir les Hauts Bassins, les cascades, le Centre Ouest, le Centre Est et la Boucle du Mouhoun.

Quatre ans après la mise en œuvre de ce projet pilote par l’Agence Nationale de Valorisation des Résultats de la Recherche et des Innovations (ANVAR) et à quelques mois de sa fin, une équipe de la Direction de la Communication et de l’Information Scientifique et Technique (DCIST) a séjourné à Bobo Dioulasso afin d’échanger avec les différents acteurs de la plateforme des hauts Bassins.

De ces échanges, le moins que l’on puisse retenir est que le projet à contribuer énormément au mieux-être des parties prenantes (bénéficiaires) à travers un accroissement du rendement liés à la production de maïs et une amélioration des revenus.

Pour Monsieur Seydou Sanou producteur et membre de la plateforme d’innovation de bobo, si ce projet n’avait pas existé, il aurait fallu le créer. En effet, Mr Sanou estime que la facilité d’accès aux intrants ainsi que bien  aussi bien que d’autres facilités liés au projet, lui ont permis d’avoir une nette amélioration de son rendement. Ce qui a eu p

 

our conséquence un accroissement de son revenu dû à la vente d’une partie de sa production.

Un rendement qui s’explique en partie par le choix et la disponibilité des semences suivant les périodes. En effet comme le mentionne Monsieur Siaka Sanou, un autre producteur et membre de la plateforme, l’un des avantages non négligeable du projet est le fait que partant des formations reçues, les producteurs de la plateforme arrivent à adapter leur culture en fonction de la période. Pour lui, savoir quel type de semence utiliser, par exemple en juin et quel autre en juillet, est un des secrets d’un meilleur rendement de la production. Un secret qu’il n’aurait jamais connu sans le projet. Car pour lui, avant le projet les seuls et rares conseils qu’il recevait pour le choix de ses semences étaient ceux des commerçants locaux qui du reste n’avaient que seul objectif l’écoulement de leur semence si bien qu’il n’y avait pas d’objectivité. On ne vend que ce qui est disponible peu importe la période et la qualité.

Si les hommes ont eu leur part du gâteau dans le projet, les femmes non plus ne sont pas restées en marge, elles ont aussi mieux tiré leur épingle du jeu dans l’accroissement de leur productivité à l’amélioration de leurs revenus. Le projet maïs a également contribué à changer la vision qu’ont les hommes vis-à-vis d’elles. En effet, explique madame Sanou Majouré, productrice, membre et animatrice de la plate-forme, explique qu’avant le projet les époux étaient retissant à l’octroyer des portions importantes de terre a  à leurs épouses pour la culture du maïs ou autre spéculation. Mais après les bons résultats engrangés la première année du projet, son époux à elle ainsi que et bien d’autres hommes ont compris qu’il fallait octroyer plus de portion aux femmes  afin d’améliorer davantage son leur rendement. Les hommes poursuit-elle, se sont dit que si avec le peu de terre que nous avons octroyé aux femmes, celles-ci arrivent à avoir de tels rendements, alors avec des parts plus considérables, les résultats seraient géniaux. Le projet a donc contribué à changer un temps soit peu le regard qu’à a la société vis à vis de la femme. Désormais grâce au projet, nos hommes sont de plus en plus disposés à nous attribuer des portions de terre plus importante ajoute madame Dembélé Martine. Par ailleurs, madame Dembélé est aussi transformatrice. Ainsi du maïs récolté, elle en fait des mets (beignets, couscous, biscuits…). Une production qu’elle arrive à écouler localement, mais aussi à l’occasion de certains rendez-vous tels les foires auxquels elle y participe, souvent avec le soutien de l’ANVAR. C’est dire qu’à plus d’un niveau le projet maïs a, substantiellement, contribué à un mieux-être des différents membres de la plateforme, en générale et en particulier aux membres féminins. Un mieux-être qui que nul doute, arriverait à « nourrir sa femme » pour peu que certaines conditions soient réunies. En effet, si de leur rendement, les membres de la plateforme s’en réjouissent, il demeure un problème d’écoulement. «  Si nous produisons, ce n’est uniquement pour la consommation directe de nos ménages aussi pour la commercialisation, malheureusement il n’y a pas de marché sûr » dira madame  Sanou Majoune. Selon les membres de la plateforme les plus grands acheteurs sont la brasserie nationale et la SONAGES.

Seulement ces deux grandes structures posent des conditions avant l’achat du maïs : il s’agit du taux d’infestation du maïs par l’aflatoxine (toxine produite par certains champignons). A un certains taux ces structures refusent l’achat du maïs  pourtant  une bonne partie de leur production est atteinte de cette toxine et selon eux, cela est un problème structurel  car relevant de la morphologie même des sols dans la région des Hauts Bassins. Un problème dont l’une des solutions est l’usage de certains produits chimiques. Mais pour les membres de la plateforme, il n’est pas questions d’utiliser n’importe quel produit chimique. Des recherches sont en train d’être effectuer par des chercheurs Burkinabè avec qui ils travaillent afin de trouver des produits dont les effets secondaires seraient minimes, laisse entendre Monsieur Sanou Siaka. Mais en attendant, une solution que proposent les femmes de la plateforme est l’accompagnement de celles-ci pour la transformation du maïs par elles-mêmes. Elles estiment que si des mesures tel l’octroi de crédits, la mise à disposition de matériels…sont prises, elles arriveraient à tirer leur épingle du jeu. On pourrait alors se demander de ce qui sera fait d’autant plus que le projet est pratiquement à sa fin ? Une question qui en appelle une autre notamment sur ; l’efficacité des projets en Afrique. Faudrait-il donner le poisson ou apprendre à pêcher ? Évidemment la seconde option demeure la plus pérenne mais alors comment y arriver ?

David NANA

Stagiaire

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